Quand «chez moi» devient une question: le deuil silencieux de l'expatriation — Psychothérapeute francophone en Australie
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«L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine.» — Simone Weil
Vous aviez peut-être tout planifié: le visa, le déménagement, les cartons soigneusement étiquetés... Ce que vous n'aviez pas prévu, c'est ce vide étrange qui s'est installé — difficile à nommer, difficile à expliquer à ceux qui sont restés là-bas, et parfois même à ceux qui sont ici.
Il y a quelque chose de profondément déroutant dans le fait de vivre dans un pays magnifique, de profiter du soleil australien, et de se sentir… perdu·e. Incomplet·e. Comme si une partie de vous avait raté le vol, et serait restée en limbo.
Ce que vous vivez a un nom: c'est le deuil de l'expatriation.
Ce que personne ne vous a dit avant de partir
Quitter son pays, c'est une perte. Une vraie. Pas seulement les croissants du dimanche matin ou les repas en famille — même si cela compte, évidemment. C'est la perte d'une version de vous-même que vous connaissiez bien. Une identité ancrée dans une langue, une culture, une façon de penser, une perspective particulière, un épistémè: des repères invisibles mais essentiels.
Vous saviez comment vous comporter dans un café ou au travail, comment vous adresser à un médecin, comment lire l'humeur ou l'ambiance dans une pièce. Ici, vous réapprenez tout — et c'est épuisant d'une façon que peu de gens autour de vous comprennent vraiment.
Le problème de la «belle vie»
L'une des choses les plus difficiles avec le deuil de l'expatriation, c'est qu'il est souvent invisible — même à vos propres yeux. Parce que vous avez choisi de partir. Parce que vous êtes dans un pays où il fait beau presque tous les jours. Parce que vous vivez maintenant dans un pays qui est safe. Parce que d'autres ont traversé bien pire.
Ce discours intérieur est cruel. Il vous prive du droit de souffrir.
Pourtant, le deuil ne se négocie pas avec la logique, la raison. Vous pouvez aimer votre vie ici et pleurer la vie que vous avez laissée. Ces deux réalités coexistent, et aucune n'annule l'autre.
Quand «chez moi» perd son sens
L'un des aspects les plus déstabilisants de l'expatriation, c'est ce moment où vous réalisez que «chez moi» ne désigne plus vraiment un lieu précis. Vous retournez en France, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, au Congo, au Maroc, à La Réunion, en Nouvelle-Calédonie, au Québec ou à l'Ile Maurice — et quelque chose a changé là-bas aussi. Vous n'êtes plus tout à fait d'ici, ni tout à fait de là-bas.
C'est une confrontation existentielle profonde et récurrente : qui suis-je, si je ne suis plus attaché·e à un territoire, à une communauté, à une culture, à une appartenance clairement définie?
Cette question n'est pas forcément une crise. C'est une invitation — parfois douloureuse, mais très riche — à vous redéfinir.
Ce que vous portez peut-être sans le savoir
Derrière la fatigue ou l'irritabilité, derrière les insomnies ou l'impression de «faire semblant», il y a souvent plusieurs deuils superposés:
Le deuil des liens — famille, amis proches, le tissu des relations de toute une vie
Le deuil de la langue — parler une autre langue toute la journée, c'est aussi parler depuis une version de soi moins nuancée, moins intime, moins riche, moins complexe
Le deuil de l'identité professionnelle, parfois à reconstruire de zéro dans un nouveau contexte
Le deuil d'une certaine image de soi — celle de quelqu'un qui «savait comment faire»
Et pour les familles francophones avec des enfants: ce deuil est souvent encore plus silencieux, parce qu'il faut «tenir» et ne rien montrer pour le bien-être des autres.
La thérapie comme espace pour redevenir soi-même
Ce qui rend la thérapie précieuse dans ces moments-là, ce n'est pas qu'elle efface la douleur ou la souffrance. C'est qu'elle vous offre un espace où vous pouvez la déposer — sans avoir à la minimiser, sans avoir à faire semblant que tout va bien.
Un espace en français. Avec votre langue, vos références, votre façon d'être au monde, votre culture. Et avec quelqu'un qui l'a vécu — à de nombreuses reprises, et sur plusieurs continents.
Chez Colibri Counselling, je propose une thérapie en français ou en anglais, entièrement en ligne — ce qui signifie que vous pouvez être accompagné·e où que vous soyez en Australie: à Sydney, Melbourne, Brisbane, Perth, Canberra, Hobart ou Darwin. Que vous soyez arrivé·e il y a six semaines ou six ans...
Vous n'avez pas besoin d'être «en crise» pour venir. Parfois, il s'agit simplement de trouver quelqu'un qui comprend ce que signifie vivre entre deux mondes. Et parfois même plusieurs.
«Lorsque nous ne pouvons plus changer une situation, nous sommes mis au défi de nous changer nous-mêmes.» — Viktor Emil Frankl
Et si «chez moi», c'était vous?
L'une des choses les plus belles que j'observe dans l'accompagnement des personnes expatriées, c'est cette transformation progressive: le moment où «chez moi» cesse d'être un lieu géographique pour devenir quelque chose de plus intime, de plus «portatif».
Ce n'est pas une résignation. C'est une forme de liberté, un nomadisme emotionel que l'on se construit — lentement, parfois difficilement, mais durablement.
Si quelque chose dans ces mots résonne avec ce que vous vivez, en tant que psychothérapeute francophone en Australie, je vous invite à prendre contact. Une première conversation peut suffire à sentir que vous n'êtes pas seul·e dans tout cela. Je vous offre aujourd'hui une première séance de 25 minutes pour faire connaissance.
Sandrine Lonchampt est une Psychothérapeute et counsellor francophone disponible pour les communautés francophones de Sydney, Melbourne, Brisbane, Perth, Canberra, Hobart et Darwin.
Une psychothérapeute francophone en Australie, entièrement en ligne
Colibri Counselling & Psychotherapy propose des services de thérapie et un accompagnement en français et en anglais, entièrement en ligne pour toute l'Australie.
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Sandrine Lonchampt is a grief counsellor and psychotherapist at Colibri Counselling & Psychotherapy, offering online sessions across Australia, in English and French.
If this resonated with you, I offer a free 25-minute consultation. Book a Free Consultation.
References
Akhtar, S. (1999). Immigration and identity: Turmoil, treatment, and transformation. Jason Aronson.
Bhugra, D., & Becker, M. A. (2005). Migration, cultural bereavement and cultural identity. World Psychiatry, 4(1), 18–24.
Frankl, V. E. (1988). Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie (M. Manly, trad.). Les Éditions de l'Homme. (Œuvre originale publiée en 1946)
Weil, S. (1949). L'enracinement : Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain. Gallimard.

